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Où étais-tu l’hiver 1988 ?

 

 

 

 

Pièce en cinq scènes de Mohammad Yahroubi

 

 

Traduit et adapté du persan par Tinouche Nazmjou

Scène 1

 

 

 

Noir.

On entend des voix provenant d’un microphone.

 

 

VOIX DE L’HOMME

Où étais-tu l’hiver 1987 ?

 

                   Pas de réponse. Un temps.

 

VOIX DE LA FEMME

Qu’est-ce que tu as dit ?

 

VOIX DE L’HOMME

Tu es réveillée ?

 

VOIX DE LA FEMME

J’allais juste m’endormir quand tu as parlé.

 

VOIX DE L’HOMME

Je t’ai demandé où tu étais l’hiver 87.

 

VOIX DE LA FEMME

L’hiver quand ?

 

VOIX DE L’HOMME

Dors.

 

VOIX DE LA FEMME

Non, tu as dit quand ?

 

VOIX DE L’HOMME

Dors, je te le demanderai demain.

 

VOIX DE LA FEMME

Non, dis-le maintenant.

 

VOIX DE L’HOMME

Où étais-tu l’hiver 1987 ?

 

VOIX DE LA FEMME

Je ne me rappelle pas.

 

                   Un temps.

 

Pourquoi ?

 

VOIX DE L’HOMME

Tu étais ici ?

VOIX DE LA FEMME

Je ne me souviens pas.

 

VOIX DE L’HOMME

Comment ça ?

 

VOIX DE LA FEMME

Je ne me souviens pas. C’est tout. Pourquoi tu me demandes ça ?

 

VOIX DE L’HOMME

Tu dois sûrement te rappeler de l’hiver 87. Il était différent de tous les autres hivers. Il était différent pour tous ceux qui se trouvaient là. Surtout en février.

 

VOIX DE LA FEMME

Je ne me souviens vraiment pas où j’étais. Pourquoi c’était différent ?

 

VOIX DE L’HOMME

Réfléchis un peu, ça va te revenir.

 

VOIX DE LA FEMME

J’ai sommeil.

 

VOIX DE L’HOMME

Je t’ai dit de dormir.

 

VOIX DE LA FEMME

Tu ne veux pas me dire en quoi c’était différent ?

 

VOIX DE L’HOMME

Dors, je te dis.

 

VOIX DE LA FEMME

Si tu ne me le dis pas, je ne vais pas pouvoir dormir. Pourquoi devrais-je savoir où j’étais l’hiver 87 ?

 

VOIX DE L’HOMME

1987... L’hiver... C’est l’année où l’Irak a commencé à nous bombarder de missiles.

 

VOIX DE LA FEMME

Ah, je vois.

 

VOIX DE L’HOMME

Alors ? Tu étais où ?

 

VOIX DE LA FEMME

Le deuxième jour, nous sommes allés louer une villa au nord du pays, avec toute la famille...

 

                   Un temps

 

Et toi, tu étais où ?

 

VOIX DE L’HOMME

Ici même. Jusqu’à la fin.

 

VOIX DE LA FEMME

Non.

 

VOIX DE L’HOMME

Si... Jusqu’à la fin des attaques. Téhéran n’était plus qu’un désert. Disparus les embouteillages. Toutes les rues étaient vides. Parle-moi de vous. De quoi te rappelles-tu ?

 

 

VOIX DE LA FEMME

Tu es en train d’écrire quelque chose ?

 

VOIX DE L’HOMME

Oui.

 

VOIX DE LA FEMME

J’ai trop sommeil. On en reparlera demain. Tu veux bien ?

 

VOIX DE L’HOMME

Très bien.

 

VOIX DE LA FEMME

Je t’aime.

 

VOIX DE L’HOMME

Moi aussi.

 

Lumière.

La scène est remplie de cartons fermés par des rubans, des cordes et d’autres broutilles. Certains cartons portent la mention « fragile ». NAHID et LA MERE auront comme principale activité, jusqu’à la fin de la scène, l’ouverture des cartons et le rangement en lieu propice des objets qui s’y trouvent.

On entend chanter un coq. A partir de cet instant on entendra le coq chanter de temps en temps.

 

LA MERE

Quelqu’un a un coq ici.

 

NAHID

Et voilà. Pendant toute l’année, cette bête va nous réveiller à n’importe quelle heure de la nuit.

 

LA MERE

J’aime bien le chant du coq. Et c’est bien pour toi aussi. Ça va t’obliger à te réveiller de bonne heure le matin et à ne pas dormir jusqu’à midi.

 

NAHID

NASSER... NASSER. Apporte le reste des affaires.

 

LA MERE

Tu as renvoyé les déménageurs ? 

 

NAHID

Ben oui. Leur forfait de trois heures est terminé. S’ils étaient restés plus longtemps, ils m’auraient encore réclamé de l’argent. Et puis d’ailleurs, ils ont déjà fait le plus gros... On a mis le téléphone dans quel carton ?

 

                   LA MERE désigne l’un des cartons.

 

NASSER, qu’est-ce que je t’ai dit ?

 

LA MERE

Il va y aller. Laisse-lui le temps de se reposer un peu.

 

NAHID

Mais non maman. On ne peut quand même pas laisser nos affaires au milieu de la cour. Allez, lève-toi NASSER !

 

NASSER quitte la chambre voisine et entre sur scène. NAHID branche le téléphone qu’elle a trouvé dans le carton.

 

NASSER

Pourquoi tu as renvoyé les déménageurs ? S’ils étaient restés encore une heure, ils auraient, au maximum, demandé mille toumans de plus.

 

NAHID

Bon sang de bonsoir ! Si mille toumans, ce n’est rien pour toi, donne-les moi tout de suite et je vais rentrer les affaires moi-même.

 

LA MERE

Apporte à l’intérieur ces affaires, mon garçon.

 

NAHID

Mais qu’est-ce que vous foutez là, vous ?

 

LA MERE

C’est à nous que tu parles ?

 

NAHID

Non, je parle à ces appareils de musculation...

 

                   A NASSER

 

Je ne t’avais pas dit de descendre tout ça à la cave ?

 

NASSER

Je veux m’entraîner.

 

NAHID

Tu dis ça depuis un an.

 

NASSER

Je veux m’entraîner tous les matins sur le balcon.

 

NAHID

Je ne te laisserai jamais t’entraîner sur le balcon.

 

NASSER

Parce que ça dépend de toi ? C’est ma chambre. Et j’ai envie de m’entraîner sur le balcon.

 

NAHID

Qui a dit que c’était ta chambre ?

 

NASSER

J’ai dit dès le début que je voulais cette chambre.

 

LA MERE

Mon garçon. On a dit que, toi et moi, nous prendrions cette chambre-là.

 

NASSER

Jamais de la vie. J’ai fait plein de projets pour cette pièce. Je veux m’entraîner tous les matins sur le balcon. Et l’été, je veux y installer une moustiquaire pour dormir à la belle étoile.

 

NAHID

Maman et toi, vous dormirez dans cette chambre-là.

 

NASSER

Parce que c’est toi qui décide ?

 

NAHID

Je t’en prie NASSER. Je suis crevée. Arrête de me taper sur les nerfs.

 

NASSER

                   La coupant

Je n’en ai rien à faire que tu sois crevée. Nous aussi, on est crevés. Elle dit ça comme si elle était la seule à travailler.

 

LA VOIX DE LA FEMME

Mmm... C’est très quotidien. C’est le gros défaut de ce que tu écris : c’est très quotidien.

 

                   Un temps

 

Quoi ? Je t’ai vexé. C’est ça ?

 

LA VOIX DE L’HOMME

Non.

 

LA VOIX DE LA FEMME

Si.

 

LA MERE

Mon garçon, cette chambre donne sur la salle de bain. Dès que quelqu’un voudra prendre un bain, il va te déranger. Je croyais que tu voulais...

 

NASSER

Ce n’est pas grave. C’est quand même celle-là que je veux.

 

NAHID

Ne perds pas ton temps à rêver et va plutôt monter les affaires.

 

NASSER

Je ne toucherai à rien tant qu’on aura pas réglé ce problème.

 

LA MERE

Tu feras tes exercices dans l’autre chambre, mon chéri.

 

NASSER

Mais ce n’est pas un endroit où on peut s’entraîner. Je vais transpirer et ça va empester toute la chambre.

 

 

NAHID

De toutes façon, on ne fait pas de musculation dans un appartement. Si tu tiens vraiment à t’entraîner, va dans un gymnase.

 

NASSER

Si j’étais ALI, j’aurais divorcé depuis longtemps.

 

LA MERE

NASSER !

 

NAHID

Alors c’est vraiment dommage que tu ne sois pas Ali. Car je ne demande que ça : le divorce.

 

LA MERE

Mon garçon, on en avait déjà parlé...

 

NASSER

Personne n’en a parlé avec moi, maman.

 

NAHID

J’en ai parlé avec maman.

 

NASSER

C’est avec moi que tu aurais dû le faire.

 

                   A LA MERE

 

Avec qui elle aurait dû en parler ?

 

LA MERE

Ecoute, mon garçon, cette chambre...

 

NASSER

Non, je voudrais seulement savoir avec qui elle aurait dû en parler ?

 

LA MERE

Avec toi... mais mon garçon...

 

NASSER

Merci maman.

 

NASSER se dirige vers l’autre chambre, revient avec un carton qu’il pose sur scène.

 

NAHID

Qu’est-ce que tu fais ? Ne touche pas à nos affaires. Tu entends ce que je te dis ?

 

NASSER

Je t’avais prévenu depuis le début que je voulais cette chambre.

 

NAHID

Et moi, je te dis maintenant que ce sera la mienne.

 

NASSER

Pourquoi ?

 

NAHID

Parce que j’en ai envie.

 

NASSER

Tu ne m’as pas convaincu.

 

NAHID

C’est ma chambre parce que c’est moi qui paye la plus grosse partie du loyer ici. T’es content maintenant ?

 

NASSER repose le carton qu’il venait de soulever et va directement mettre son blouson.

 

LA MERE

Où vas-tu ?

 

                   NASSER ne répond pas.

 

NAHID

Maman t’a demandé où tu allais...

 

NASSER

Aux chiottes.

 

                   NASSER se dirige vers les toilettes.

 

LA MERE

Tu n’aurais pas dû dire ça.

 

NAHID

Tu as bien vu qu’il m’a forcé...

 

LA MERE

Et qu’est-ce que ça peut bien faire, si tu lui laissais l’autre chambre ?

 

NAHID

Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi faut-il tout lui passer ? C’est de ta faute, maman. Dès qu’il boude un peu, tu flanches.

 

LA MERE

Mais pourquoi vous vous disputez pour tout et n’importe quoi ?

 

LA VOIX DE LA FEMME

C’est vraiment très quotidien.

 

                   NASSER sort des toilettes.

 

NASSER

Maman, je ne rentrerai pas ce soir.

 

LA MERE

Il fait très froid dehors. Ne sors pas.

 

NAHID

Et où veux-tu aller ?

 

NASSER

Occupe-toi de tes oignons. Tu n’as plus aucun droit de te mêler de mes affaires. Je vais où je veux. Je rentre à l’heure qui me plaît.

 

NAHID

Dégage. Petit merdeux.

 

LA VOIX DE LA FEMME

Encore des gros mots ?

LA VOIX DE L’HOMME

Tu y croirais si je ne leur mettais que des belles phrases dans la bouche ? Les gens que je connais parlent comme ça. Et encore, j’ai essayé d’écrire le plus correctement possible. Mais là, c’était nécessaire.

 

                   NASSER sort de la maison.

 

NAHID

Il a de l’argent sur lui ?

 

LA MERE

Je n’en sais rien.

 

NAHID

On dit toujours que ce sont les femmes qui boudent et qui font des manières. Chez nous, c’est le contraire. Ce sont les hommes qui font la tête... Où vas tu ?

 

LA MERE

Je vais le chercher.

 

NAHID

                   Elle lui prend son fichu.

De quoi tu te mêles ? Ce n’est plus un enfant. Il va faire un tour et il va revenir.

 

LA MERE

Tu lui as mal parlé. Et tu n’as même pas honte !

 

NAHID

Pourquoi c’est toujours moi qui doit faire attention à lui ? En ce moment, je suis sur les nerfs, maman. Et je suis l’aînée. Tu as vu comment il me parle ?

 

LA MERE

Je ne suis pas contente de vous. D’aucun de vous deux. Vous ne vous conduisez pas bien. Vous n’arrêtez pas de vous crêper le chignon. Vous n’avez aucun respect l’un pour l’autre. Il ne se passe pas un jour sans que vous vous disputiez. Sans arrêt des insultes et de la bagarre.

 

NAHID

NASSER doit obéir à quelqu’un. A toi, il ne t’obéit pas. Je suis obligé d’agir comme ça pour qu’il m’obéisse.

 

LA MERE

Ton problème, NAHID, c’est que tu as une langue de vipère. Tu ne sais pas parler gentiment.

 

NAHID

Et toi ? As-tu obtenu quoique ce soit en lui parlant gentiment pendant toutes ces années ?

 

LA MERE

Oui. Oui. Il me respecte moi. Contrairement à toi.

 

NAHID

Il te respecte ? S’il te respectait, il t’aurait dit où il allait.

 

LA MERE

Tu as bien entendu qu’il m’a dit dès le début qu’il ne rentrerait pas ce soir. Je ne lui avait pourtant rien demandé et il me l’a dit quand même. Mais quand toi, tu lui as demandé où il allait, il n’a pas voulu te répondre.

 

NAHID

Tu as trop gâté ton fils, maman.

 

LA MERE

Tu ne sais pas comment te comporter avec les gens, ni avec ton mari. C’est pour ça qu’il n’est pas là, en ce moment, pour nous aider.

 

NAHID

NASSER est parti parce qu’il cherchait une excuse pour se débiner. Parce que c’est un paresseux, un bon à rien. C’est pareil pour ALI. Ce sont les deux bœufs de la même charrette.

 

LA MERE

Peux-tu, pour une fois, accepter d’avouer que tu as tort ?

 

NAHID

Maman, je t’assure que je suis crevée et que je n’ai pas du tout envie de parler de tout ça.

 

 

LA MERE

Tu es comme ton père. On dirait que c’est lui qui t’a mis au monde et pas moi. Lui aussi, dès qu’il ne savait pas quoi dire, il disait : « je suis crevé. Je n’ai pas envie. »

 

LA MERE et NAHID rangent les affaires en silence.

 

LA VOIX DE LA FEMME

La pauvre ! Elle ressemble à ma mère. A toutes les mères. Tant que les enfants sont encore petits, leur mère est encore toute-puissante. Dès qu’il ont peur de quelque chose, ils se réfugient vite auprès d’elle. Quand ils sont tristes, c’est elle qu’ils réclament. Elle est leur point d’appui. Mais dès qu’ils grandissent, tout devient différent. C’est la mère qui doit s’appuyer sur eux. Cette perte du pouvoir de la mère est vraiment très triste.

 

                   Sonnerie de téléphone. NAHID décroche.

 

NAHID

Allo... Bonjour. Non, c’est encore le bazar ici. On a engagé des déménageurs... Non. Où ça ? Comment était-il ? Tu es sûr que c’était ALI ?... Oui. C’est comme ça. Depuis trois jours. Je n’en peux plus, MAHTOB. La seule solution, c’est de nous séparer. Non, c’est la seule solution... Je suis fatiguée... non, je n’en peux plus. Je lui ai dit que je ne voulais plus le revoir. Je l’ai traité de tous les noms. J’étais très en colère.

 

LA MERE

Et tu es obligée de raconter tout ça à n’importe qui ?

 

NAHID

Si c’était vraiment un homme, il serait venu nous aider pour le déménagement. Je suis morte de fatigue. C’était à lui de faire ça, pas à moi. Attends un peu qu’il m’appelle. J’ai tout préparé. Tout ce que j’ai à lui dire... J’ai pris ma décision. Nous devons nous séparer. Je n’en peux plus. Je ne peux plus continuer à vivre avec quelqu’un qui ne me comprend pas. Mais où a-t-on vu que c’est l’homme qui fait la tête et s’en va de la maison ? Ce sont les femmes qui font ça. Et cette fois, quand il partait, j’ai crié : « Fous le camps et ne reviens plus jamais ». Et j’espère vraiment qu’il ne reviendra pas. Sauf pour signer le divorce. Non, je sais très bien ce que je dis.

 

 

LA VOIX DE L’HOMME

Où étais-tu quand ils ont envoyé le premier missile ?

 

LA VOIX DE LA FEMME

Avec ma mère. Nous achetions des vêtements pour le nouvel an.

 

LA VOIX DE L’HOMME

Vous avez pensé que c’était quoi ce bruit ?

 

NAHID

Maman pensait que c’était le tonnerre. Oui. Je m’en souviens. Maman pensait que c’était le tonnerre, mais moi, je disais que ça devait être une bombe piégée. Je ne sais pas si tu t’en rappelle, mais à l’époque, il y avait pas mal d’attentats à la bombe. Oui, je me souviens très bien que je croyais que c’était une bombe. Je pensais que ça ne devait pas être très loin de nous, car le bruit de l’explosion m’avait semblé très proche. Nous avons continué à faire nos courses, comme si de rien n’était. Mais quand ils ont envoyé le second missile, j’ai cru à un bombardement aérien. Nous étions dans le bus. A l’époque, les hommes et les femmes n’étaient pas encore séparés dans les bus. Je me souviens encore du visage de tous ces gens autour de moi. Ils étaient tellement inquiets à l’idée que la guerre avait encore commencé dans les villes. Mais je me souviens que j’étais très contente. Car j’espérais que les écoles allaient fermer.

 

Pendant ce temps, NAHID a déjà terminé sa conversation téléphonique et s’est remise au travail. Mais à l’évidence, elle a la tête ailleurs.

 

NAHID

MAHTOB m’a dit qu’hier, elle a vu ALI dans la rue... avec une femme dans sa voiture.

 

LA MERE

C’est ce qui arrive quand on ne sait pas garder son mari.

 

NAHID

Maman, on ne peut rien te dire. Tu sais seulement mettre le feu au poudre.

 

LA MERE

La vérité est toujours dure à entendre. Savoir garder son mari c’est tout un art, ma belle.

 

NAHID

Oui, et c’est un art dans lequel tu excelles, n’est-ce pas ? C’est pour ça que tu as laissé mourir papa.

 

LA MERE

Qu’est-ce que tu racontes ? Il a eu une crise d’apoplexie.

 

NAHID

Et pourquoi il a eu une crise d’apoplexie ? Pourquoi un homme en bonne santé doit-il tomber et mourir d’un coup ? Parce que c’était vous la cause de son infarctus, madame. En voilà une autre de vérité. C’est dur à entendre, non ?

 

                   On entend une explosion.

 

LA MERE

Grand Dieu. Qu’est-ce que c’était ?

 

NAHID

Je crois bien que ça doit encore être un attentat à la bombe.

 

                   NOIR


 

Scène 2

 

 

 

 

 

La scène est plus rangée. Mais on aperçoit encore quelques cartons emballés. LA MERE est au téléphone. NAHID bricole la télévision.

 

 

NAHID

Quoi ? Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi on ne t’entend pas ?

 

LA MERE

C’est à moi que tu parles ?

 

NAHID

Non, c’est à la télé. Combien de fois ai-je dit à NASSER de faire attention aux déménageurs quand ils transportaient les cartons. Je ne sais pas où ils ont cogné la télé mais il n’y a plus de son.

 

LA MERE

Ça ne décroche pas chez ton oncle.

 

                   On entend une explosion.

 

Grand Dieu.

 

NAHID

Celui-là semblait vraiment très proche.

 

LA VOIX DE LA FEMME

Le premier jour des bombardements de missiles ne ressemblait pas à ça. Les gens pensaient que c’était un bombardement aérien. On ne comprenait pas pourquoi les canon antiaériens ne marchaient pas. On n’entendait même pas les sirènes d’alarme. Tu as oublié ? Dès que les gens entendaient une explosion, ils éteignaient vite les lumières.

 

La lumière sur la scène s’éteint. Seule la lumière du téléviseur éclaire la scène.

 

NAHID

Quoi ? Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi on ne t’entend pas ?

 

LA MERE

C’est à moi que tu parles ?

 

NAHID

Non, c’est à la télé. Combien de fois ai-je dit à NASSER de faire attention aux déménageurs quand ils transportaient les cartons. Je ne sais pas où ils ont cogné la télé pour que le son ne sorte plus.

 

LA MERE

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